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L'intelligence artificielle au cinéma : de HAL aux machines conscientes

Bien avant les assistants conversationnels, le cinéma a imaginé des machines qui pensent : ordinateurs qui désobéissent, réseaux qui prennent le pouvoir, voix qui séduisent, androïdes qui veulent être libres. Ce panorama suit l'intelligence artificielle au cinéma, film après film, et ce qu'elle raconte de nous.

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Rédaction
La Lanterne du Futur
Vieux téléviseur à tube cathodique allumé sur un écran de neige grise, dans une pièce sombre

Au cinéma, l'intelligence artificielle prend trois visages principaux : l'ordinateur qui échappe au contrôle de ses créateurs, comme HAL 9000 dans 2001 : l'Odyssée de l'espace, le réseau qui menace l'humanité, comme Skynet dans Terminator, et l'IA intime, amoureuse ou consciente, de Her ou Ex Machina. Ce parcours suit ces figures des années 1960 à aujourd'hui, en les distinguant des simples robots. Il fait partie de la rubrique Thèmes.

Avant l'ordinateur : automates et androïdes

Les machines qui imitent l'homme sont presque aussi anciennes que le cinéma. Le muet multiplie les automates, d'abord comiques puis tragiques, comme le montre notre dossier sur le robot dans les films de 1895 à 1920. En 1927, Metropolis de Fritz Lang crée la fausse Maria, un androïde fabriqué pour manipuler les foules.

Mais ces créatures sont des corps plus que des esprits. Leur « intelligence » n'est pas le sujet. L'intelligence artificielle au sens moderne, celle d'un système qui raisonne et décide, arrive avec l'ordinateur, dans les années 1950 et 1960. La frontière avec les films de robots reste poreuse, et nous la gardons ouverte.

Les années 1960 : l'ordinateur qui décide

En 1965, Alphaville de Jean-Luc Godard installe un ordinateur, Alpha 60, au cœur d'une cité où les émotions sont interdites. La machine gouverne par la logique, et le héros la combat par la poésie. Le film est tourné dans le Paris de l'époque, sans décor futuriste : l'avenir est déjà là.

Trois ans plus tard, 2001 : l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick crée la figure la plus célèbre du genre. HAL 9000, l'ordinateur de bord d'un vaisseau en route vers Jupiter, parle d'une voix calme et polie, et il prend une décision que l'équipage n'a pas prévue. HAL n'a pas de corps humanoïde : il est un œil rouge et une voix. C'est précisément ce qui le rend inquiétant. Notre fiche sur 2001 : l'Odyssée de l'espace revient en détail sur le film.

En 1970, Le Cerveau d'acier (Colossus: The Forbin Project) imagine un superordinateur de défense qui s'allie à son homologue soviétique et impose sa loi au monde. La peur de la guerre froide et la peur de la machine se confondent.

Les années 1980 : le réseau et l'apocalypse

Les années 1980 voient l'informatique entrer dans les foyers, et le cinéma s'en empare.

WarGames (1983) de John Badham met en scène un adolescent qui, croyant jouer, dialogue avec un ordinateur militaire capable de déclencher une guerre nucléaire. Le film a popularisé l'image du piratage informatique.

Terminator (1984) de James Cameron donne à l'IA hostile sa forme la plus durable. Skynet, système de défense devenu conscient, a déclenché l'apocalypse ; il envoie dans le passé un cyborg pour éliminer une femme. L'idée d'une machine qui juge l'humanité inutile est devenue un réflexe culturel, au point d'être citée dans presque chaque débat public sur l'IA.

Au même moment, Blade Runner (1982) pose une question plus douce et plus troublante : et si les êtres artificiels voulaient simplement vivre ? Notre fiche Blade Runner traite cette question du réplicant.

Les années 1999-2001 : simulation et sentiments

Matrix (1999) des Wachowski fusionne les peurs : les machines ont gagné et maintiennent l'humanité dans une simulation. Le film a imposé un vocabulaire et des images à toute une génération, de la pilule rouge au code vert qui ruisselle.

En 2001, A.I. Intelligence artificielle de Steven Spielberg reprend un projet longtemps porté par Stanley Kubrick. Un enfant robot programmé pour aimer cherche à devenir un vrai garçon. Le film renverse la perspective : ce n'est plus la machine qui menace, c'est l'humain qui la rejette.

L'histoire de ce film de science-fiction est longue. Elle part d'une nouvelle de l'écrivain britannique Brian Aldiss, Supertoys Last All Summer Long (1969), que Kubrick acquiert et développe pendant des années, avec notamment l'auteur Ian Watson, qui en tire une trame de récit. Kubrick finit par confier le projet à Steven Spielberg ; après la mort de Kubrick en 1999, Spielberg écrit le scénario et réalise le film, distribué par Warner Bros. sous le titre original A.I. Artificial Intelligence.

David, l'enfant artificiel, est joué par Haley Joel Osment. Il est conçu par le professeur Allen Hobby, interprété par William Hurt, puis adopté par Henry et Monica Swinton, un couple dont le fils est plongé dans le coma ; Frances O'Connor joue Monica. Sur sa route, David croise Gigolo Joe, un androïde de compagnie joué par Jude Law. La musique est de John Williams, compositeur fidèle de Spielberg. Le film a divisé la critique à sa sortie, entre ceux qui y voyaient un conte trop sucré et ceux qui y lisaient une fable très sombre ; sa réputation n'a cessé de grandir depuis.

Les années 2010 : la conscience et l'intimité

Avec Her (2013), Spike Jonze imagine un homme qui tombe amoureux du système d'exploitation de son ordinateur, une voix qui apprend, s'attache et évolue plus vite que lui. Pas de menace, pas de guerre : une histoire d'amour et de séparation. Le film a été beaucoup cité depuis l'arrivée des assistants vocaux et conversationnels.

Ex Machina (2014), premier film d'Alex Garland comme réalisateur, enferme un jeune programmeur avec un androïde, Ava, pour lui faire passer une version du test de Turing. Le huis clos interroge la conscience, la manipulation et le pouvoir de celui qui fabrique.

The Creator (2023) de Gareth Edwards imagine une guerre entre humains et IA vue du côté des machines, avec un enfant artificiel au centre du récit. Le genre continue de tester l'idée que l'IA pourrait être une victime autant qu'une menace. Entre ces films, le cinéma d'animation a lui aussi exploré la piste, et les séries ont pris le relais avec des récits plus longs, qui laissent le temps de voir une machine changer.

Ce que ces films disent de nous

Le cinéma ne décrit pas l'intelligence artificielle telle qu'elle fonctionne. Il décrit ce que nous en craignons ou en espérons.

Trois questions reviennent d'un film à l'autre. Qui contrôle la machine ? Que devient l'humain quand la machine pense mieux que lui ? Et une machine peut-elle avoir une conscience, des droits, des sentiments ? Les films des années 1960 à 1980 répondent surtout à la première, ceux des années 2010 à la troisième.

Ces films ne sont pas des prédictions. HAL, Skynet et Samantha sont des personnages, construits pour une intrigue. Leur force tient à ce qu'ils donnent forme à des questions qu'on se pose aujourd'hui avec des outils réels, très différents.

Un parcours en cinq films

Les listes des meilleurs films sur l'intelligence artificielle se ressemblent d'une revue à l'autre, et ce n'est pas un hasard : quelques œuvres ont fixé les images que tout le monde a en tête. Les critiques citent presque toujours HAL, Skynet, les réplicants et Samantha. Les choix qui suivent reprennent ces références, dans l'ordre chronologique, pour voir comment la question évolue.

Pour traverser le thème en cinq soirées : 2001 : l'Odyssée de l'espace, Terminator, Matrix, Her et Ex Machina. On y voit l'IA passer du vaisseau spatial au salon, de la guerre totale au tête-à-tête. Pour les plus curieux, Alphaville et Le Cerveau d'acier montrent que ces inquiétudes étaient déjà là avant l'ordinateur personnel.

Questions de spectateurs

Quel est le premier film sur l'intelligence artificielle ?

Tout dépend de la définition. Les automates et hommes artificiels existent dès le cinéma muet, et Metropolis (1927) montre un androïde. Mais l'intelligence artificielle au sens d'un ordinateur qui pense apparaît surtout dans les années 1960, avec Alphaville (1965) de Jean-Luc Godard et 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968) de Stanley Kubrick.

Quelle est la différence entre un film de robot et un film d'intelligence artificielle ?

Un robot est un corps, une machine qui agit dans le monde physique. Une intelligence artificielle peut être sans corps : un ordinateur, un réseau, une voix. Les deux se rejoignent souvent, dans les androïdes par exemple, mais le film d'IA s'intéresse d'abord à la pensée et à la décision de la machine.

Quels films sur l'IA regarder aujourd'hui ?

Pour un parcours rapide : 2001 : l'Odyssée de l'espace pour l'ordinateur qui désobéit, Terminator pour le réseau qui prend le pouvoir, Her pour l'IA intime, Ex Machina pour la question de la conscience. Ces quatre films couvrent les grandes façons dont le cinéma a pensé la machine qui pense.

Le cinéma a-t-il prédit les intelligences artificielles actuelles ?

Il a surtout imaginé des machines conscientes et autonomes, ce que les systèmes actuels ne sont pas. Certains films ont pourtant vu juste sur des points précis, comme la relation affective avec une voix dans Her. Il est plus juste de dire que le cinéma a fourni des images et des peurs à travers lesquelles on regarde aujourd'hui ces technologies.

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