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Films de fin du monde : les grandes façons de filmer l'apocalypse

Une comète, une bombe, un climat qui se dérègle, ou simplement une planète qui approche dans le ciel. Le cinéma détruit le monde depuis près d'un siècle, et il ne le fait jamais de la même manière : voici les cinq grandes façons, avec les films qui les ont fixées.

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La Lanterne du Futur
Ciel d'orage orangé au-dessus d'un plateau désert, une route droite vers l'horizon

Un film de fin du monde montre la catastrophe qui menace d'anéantir l'humanité : comète, guerre nucléaire, dérèglement du climat, épidémie, ou simple certitude que tout va s'arrêter. Le cinéma décline ce motif depuis le début du parlant, et chaque époque l'a adapté à ses propres peurs. Cette page fait partie de la rubrique Thèmes.

Fin du monde ou post-apocalyptique ?

La distinction aide à s'y retrouver. Le film de fin du monde raconte l'avant et le pendant : la menace qui se précise, l'impact, l'effondrement. Le film post-apocalyptique raconte l'après, quand quelques survivants tentent de vivre dans les ruines.

Certains films chevauchent les deux, mais les questions ne sont pas les mêmes. D'un côté : comment réagir quand on sait ? De l'autre : comment survivre quand tout est fini ? Notre page sur les films post-apocalyptiques traite la seconde famille.

1. La menace venue du ciel

C'est la plus ancienne. Une comète, un astéroïde ou une planète errante fonce vers la Terre. Le récit se construit à rebours, jour après jour, jusqu'à l'impact.

En 1931, Abel Gance tourne La Fin du monde, d'après le roman de l'astronome Camille Flammarion : une comète approche, et l'humanité doit choisir entre la panique et la fraternité. Vingt ans plus tard, Le Choc des mondes (When Worlds Collide, 1951), produit par George Pal, imagine la construction d'une arche spatiale pour sauver quelques élus avant la collision.

Les années 1990 relancent le thème avec deux films sortis la même année, en 1998 : Deep Impact, de Mimi Leder, plus sombre et centré sur les familles, et Armageddon, de Michael Bay, qui envoie des foreurs dynamiter un astéroïde. La même menace donne deux films opposés, l'un sur l'attente, l'autre sur l'action.

En 2021, Don't Look Up, d'Adam McKay, reprend le schéma pour en faire une satire : la comète est connue, mais les médias et les politiques refusent d'y croire. Le film est souvent lu comme une allégorie de l'inaction climatique.

2. La bombe

Pendant la guerre froide, la fin du monde a un visage précis : la guerre nucléaire. Le Dernier Rivage (On the Beach, 1959), de Stanley Kramer, d'après le roman de Nevil Shute, suit les derniers habitants de l'Australie qui attendent l'arrivée du nuage radioactif. Personne ne se bat. On attend.

Cinq ans plus tard, Docteur Folamour (1964), de Stanley Kubrick, traite le même sujet en comédie noire : une attaque nucléaire lancée par un général paranoïaque, que personne ne parvient à rappeler. Le film reste l'une des rares fins du monde qui fassent rire ; la filmographie de Stanley Kubrick en retrace la genèse.

La télévision a ensuite pris le relais, avec des téléfilms très durs sur l'après-bombe. Le plus connu reste Threads, diffusé par la BBC en 1984, qui suit une ville anglaise avant, pendant et après une attaque.

3. Le climat qui se dérègle

Depuis les années 2000, la menace la plus présente au cinéma vient de la planète elle-même. Le Jour d'après (2004), de Roland Emmerich, imagine un basculement du climat qui plonge l'hémisphère nord dans un âge glaciaire en quelques jours. Le film prend de grandes libertés avec la science, mais il a contribué à installer le dérèglement climatique dans le cinéma grand public.

Emmerich récidive avec 2012 (2009), où chaque tremblement de terre annonce le suivant, jusqu'aux raz-de-marée qui submergent les continents et ravagent la planète Terre en quelques jours. Ces films privilégient le spectacle : vagues géantes, villes englouties, monuments qui s'effondrent. Ils ont fixé une imagerie de la destruction à grande échelle, rendue possible par les effets numériques.

4. L'épidémie et la stérilité

Une autre façon de finir le monde passe par le corps. Contagion (2011), de Steven Soderbergh, suit la propagation d'un virus avec une précision quasi documentaire, sans héros providentiel : une femme rentre de voyage malade, et le film remonte la chaîne de transmission. Il a retrouvé un large public pendant la pandémie de 2020.

Les Fils de l'homme (2006), d'Alfonso Cuarón, d'après P. D. James, imagine une humanité devenue stérile : aucune naissance depuis des années, et une société qui se décompose faute d'avenir. La fin du monde n'y est pas un événement, c'est une extinction lente.

Ces films parlent moins d'une catastrophe que de la manière dont les institutions réagissent, ou échouent à réagir.

5. La fin vécue de l'intérieur

La famille la plus récente se détourne du spectacle. La fin du monde y est vue à hauteur d'une personne, d'un couple, d'une maison.

Melancholia (2011), de Lars von Trier, raconte l'approche d'une planète qui va percuter la Terre, à travers deux sœurs dans un château isolé. La catastrophe sert de miroir à la dépression de l'une d'elles. Take Shelter (2011), de Jeff Nichols, suit un homme qui fait des cauchemars de tempête et construit un abri, sans que l'on sache s'il est malade ou lucide. Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare (2012), de Lorene Scafaria, fait de l'astéroïde le décor d'une comédie romantique douce-amère.

Ces films posent une question que les grands spectacles écartent : que fait-on du temps qui reste quand rien ne peut être sauvé ?

Comment ces films racontent la fin

La plupart suivent un petit groupe plutôt que l'humanité entière. Une famille, une équipe de scientifiques, deux sœurs : le spectateur vit la catastrophe à travers quelques visages, et la Terre et l'humanité menacées restent à l'arrière-plan. C'est une contrainte d'écriture, mais aussi une question de moyens, puisque montrer des foules en panique coûte cher.

Le point de départ est souvent une nouvelle reçue trop tard : une observation astronomique, un message radio, un bulletin à la télévision. Le film installe ensuite la vie ordinaire qui continue malgré tout, puis la bascule. Ceux qui ont survécu, quand il y en a, deviennent le sujet d'un autre film, post-apocalyptique celui-là.

Beaucoup de ces films ont été pensés pour les grandes salles, avec des effets à la mesure d'une planète ravagée. Les plus durables ne sont pourtant pas toujours les plus spectaculaires. Les meilleurs films du genre se souviennent surtout d'une question, celle de ce que chacun ferait de ses derniers jours.

Ce qui rapproche tous ces films

Le compte à rebours, d'abord. Presque tous les films de fin du monde sont structurés par une échéance connue, ce qui leur donne une tension immédiate.

Le choix moral, ensuite. Qui sauver, qui laisser, qui croire ? Les arches, les abris et les listes de survivants reviennent d'un film à l'autre, de 1951 à aujourd'hui. Et derrière la catastrophe, il y a toujours l'époque : la bombe en 1959, le climat en 2004, la défiance envers la science en 2021.

D'autres films préfèrent une catastrophe plus mystérieuse, jamais expliquée. C'est le cas de Stalker d'Andreï Tarkovski (1979), où une Zone interdite, née d'un événement inconnu, a remplacé une partie du monde. Le film n'est pas une fin du monde au sens strict, mais il en garde l'atmosphère de ruine et d'attente.

Par où commencer

Pour un premier parcours, quatre films suffisent à couvrir les tons du genre : Docteur Folamour pour la satire de la bombe, Le Dernier Rivage pour l'attente, Le Jour d'après pour le grand spectacle, Melancholia pour la fin intime. Ajoutez La Fin du monde de Gance si vous aimez remonter aux origines : ce film des débuts du parlant rejoint l'histoire des premiers temps du genre que nous retraçons dans la rubrique Histoire du genre.

Questions de spectateurs

Quel est le premier film de fin du monde ?

Le motif apparaît dès le muet, mais La Fin du monde d'Abel Gance, sorti en 1931, en est une des premières grandes versions. Le film adapte un roman de Camille Flammarion sur une comète qui menace la Terre. Le film danois Verdens Undergang, d'August Blom, traitait déjà d'une comète en 1916.

Quelle différence entre film catastrophe et film de fin du monde ?

Un film catastrophe peut se limiter à un immeuble en feu ou à un bateau qui coule. Le film de fin du monde menace l'humanité entière, ou du moins une civilisation. Les deux se recoupent souvent quand la catastrophe est planétaire.

Quels films de fin du monde voir pour commencer ?

Pour couvrir le genre en quatre films : Docteur Folamour (1964) pour la bombe, Le Jour d'après (2004) pour le climat, Melancholia (2011) pour la fin vécue de l'intérieur, et Don't Look Up (2021) pour la satire. Ils donnent quatre tons très différents.

Pourquoi tant de films de fin du monde ?

Parce que le motif permet de mettre en scène les peurs d'une époque à grande échelle : la bombe pendant la guerre froide, le climat depuis les années 2000. Il offre aussi un spectacle visuel, et une question simple pour chaque personnage : que faire du temps qui reste ?

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